Un lecteur m’a demandé de parler du phénomène du piston dans notre pays. C'est un sujet épineux et vieux comme le monde.. alors je vais résumer mon opinion comme suit.
D’abord soyons honnêtes: le piston existe partout. Dans les pays sous-développés certes, mais aussi dans les pays riches et démocratiques, dans les structures internationales, dans les représentations diplomatiques, et dans le milieu des affaires.
Le piston ne pose pas vraiment problème tant que tout le monde reste égal devant la loi et que le mérite fait encore la différence entre les gens. Au pire des individus se verront accorder momentanément un service plus rapide ou un travail mieux rémunéré que d'autres. Mais en fin de compte il sera très difficile pour un pistonné qui n'a pas de qualifications de compter sur son mentor indéfiniement. Il plafonnera très vite.
Mais là où laktèf posent problème c’est lorsqu’ils cessent d’être une exception et deviennent pour les gens l’unique moyen de se voir octroyer un service public ou d'accéder à une promotion. Il fut un temps ou ce phénomène était tabou en Tunisie, ce n’est plus le cas aujourd’hui alors que les gens se font respecter en disant qu'ils ont eu l'appui d'un grand nom et que le fonctionnaire lui-même vous demande systématiquement et avec toute l'arrogance du monde « si vous connaissez quelqu’un ». Maintenant le constat étant fait, quelles sont les solutions? Je pense que ce genre de problème n'a pas vraiment de solution dans le secteur privé si ce n'est une diversification maximum de l'offre et une ouverture complète des marchés qui mettra en péril les entreprises qui se permettent de recruter un personnel incompétent. Pour ce qui est du secteur public, cette question doit être réglée au niveau de la Loi. Je suis absolument convaincu qu'il faut que l'Etat investisse une bonne fois pour toute dans un système de contrôle permanent, financier, professionnel, et éthique de toutes les institutions publiques. Du réceptionniste au directeur en passant par la secrétaire et le cadre moyen, personne ne devra échapper au contrôle continu et aucune faveur indue ne pourra glisser quelque part dans les rapports d'activité. Ca va coûter cher mais le jeu en vaut largement la chandelle, car une fois que les gens auront compris que les lois sont la pour être appliquées je peux vous assurer que l'ordre et la discipline seront restaurés. Le piston ne disparaitra peut-être jamais, mais il sera l'exception et non la règle.
Evidemment on pourra toujours chanter la rengaine du manque de civisme et des mentalités qui ne changeront jamais. Moi par contre je pense que les tunisiens toutes catégories confondues peuvent devenir très organisés s'ils le veulent (cf. le SMSI) et que tout est question de volontarisme politique. Labels: Piston, Société, Tunisie