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Saturday, April 11, 2009

Politique et religion

Je trouve cela très intéressant que pratiquement tous les sondages que je fais se soldent par un 50/50 serré. Je trouve ça ‘bien’ aussi, réaliste et révélateur.

A la question : « accepteriez-vous qu’un parti politique à référence religieuse voie le jour », un peu moins de la moitié des 96 participants a répondu oui (48%), même si beaucoup (20%) l’ont fait avec une certaine réserve.

Les autres votants, dont je fais partie, refusent catégoriquement de permettre a un parti islamiste d’avoir accès au parlement. Si un jour un referendum national sur cette question est organisé (car il en faut un) je voterai Non et j’inviterai tous mes amis à en faire de même!

Je vais énumérer les arguments souvent avancés par le camp du ‘oui’ et essayer de fournir des éléments de réponse:

- D’abord il y a ceux qui disent que la logique de la démocratie (en tout cas dans sa version occidentale prêt-à-porter) veut que l’on s’ouvre à toutes les idéologies. Certes. Mais peut-on séparer cette question de la réalité politique et sociale des pays musulmans ? Lorsqu’on parle de démocratie il faut déjà s’assurer que des préalables institutionnels sont là avant de passer a la pluralité politique illimitée; que la séparation des pouvoir est réelle et effective; que les électeurs tiennent à cette séparation; que leur vote est réfléchi; que les médias sont libres; que l’université est autonome; que la religion ne risque pas d’être pas instrumentalisée comme outil de propagande à grande échelle (en particulier auprès des couches défavorisées). Tout cela peine encore à exister dans beaucoup de pays du nord et n’existe pratiquement pas dans les pays en développment, musulmans en particulier.

- Ensuite, vous avez ceux qui disent: “Regardez il y a des chrétiens démocrates en Europe et autres conservateurs qui puisent leur idées dans le registre religieux”. C’est vrai aussi, sauf que là encore, on ignore le contexte dans lequel ces partis on vu le jour. Croyez-vous que si l’Eglise faisait encore la loi en Europe ces partis auraient les mêmes chances d’accéder au parlement que les autres? Ils seraient largement plus populaires parce que les règles du jeu ne seraient pas équitables. Or, des pays où le décor politique est encore fait de moftis de la république et autres ministères de la femme ne sont pas vraiment des terrains neutres pour le développement de partis conservateurs semblables à ceux qui existent en Europe. L’ironie est que, dans leur version moderne, les Etats musulmans ont fini par créer un clergé qui n’a jamais existé dans l’histoire de l’islam sunnite!

- Certains ‘islamistes modernistes’ (?) vous avanceront, en plus de l’argument démocratique, le bon vieil exemple turc. Hmm... J’aimerais bien croire en une démocratie qui homogénéise 70 millions de personnes par tous les moyens, dénigre ses propres ressortissants kurdes, vit encore dans le mythe d'un dictateur mégalomane, et qui n'hésite pas a supprimer le script arabe pour gagner le statut de pays latin. Enfin, passons, ce n'est pas vraiment un exemple à suivre.

- Sinon il y a toujours ceux qui ne manquent pas de rappeler que la Tunisie est un pays arabe dont la religion est l’islam, et que cela est inscrit dans le premier article de la constitution. J’ai envie de leur dire: et alors? D’une part, cela ne donne pas aucun privilège aux partis religieux. Et d’autre part, la constitution n’est pas un document immuable et elle peut être révisée à tout moment, en particulier lorsqu’elle consacre l’ethnicité au détriment de la citoyenneté, ouvrant ainsi la voie a toutes formes de discriminations et de racismes. Quand est-ce que les gens de mon pays feront enfin la différence entre arabe et arabophone?

5 Comments:

  • Je crois que la question réelle qu'il faudrait poser est la suivante : "Quel est le terreau privilégié de l'islamisme politique?".

    Je crois que si les inégalités sociales sont atténuées, et que si une rhétorique antifondamentaliste (et non anti islamique) voit le jour et qui accompagne l'action à la parole le spectre islamiste salafiste n'aura aucune chance de réussir...

    By Anonymous Ovide, at 1:03 PM  

  • Je te trouve un peu dur concernant la Turquie. Certes Ataturc etait un dictateur megalo mais il a su mener son pays sur le chemin de la modernite et il y a reussi (au moins sur certains plans). Bourguiba ne l'etait pas moins. Sur ces meme pages tu chantais ses louanges (a raison d'ailleurs) et pourtant quoiqu'on pense de l'homme c'est grace a lui que la Tunisie s'etait engagee sur la voie de la modernite. Notre probleme, j'ai l'impression et celui du monde arabo-musulman c'est que toute avancee est suivie d'une regression. La religion politique (ou la politique religieuse) n'y est pas etrangere j'ai l'impression.

    By Anonymous a, at 7:37 PM  

  • Je suis d'accord avec toi.
    si les gens veulent prendre la constitution comme argument il faut leur rappeler que cette même constitution stipule qu'aucun parti ne doit être basé sur la religion.
    Si on avait une vraie démocratie qui garantirait la liberté des gens alors on aurait pas peur d'un parti islamiste car les gardes fous existeront et s'il veut diminuer la liberté des gens ces gardes foux(qui sont la justice le parlement le sénat et le peuple en dernier lieu) s'érigeront contre lui.
    Mais dans un pays comme le notre ou la dictature prime chaque sbire qui prend le gouvernement fera ce qu'il voudra donc mieux avoir une dictature progressiste qu'une dictature islamiste.
    de toutes les façons toute dictature est mauvaise et les gens au lieu de se déchirer sur la question de la religion dans la politique qui est une fausse question parce qu'ils doivent être séparés si on demande une démocratie il faudrait qu'on s'érige tous pour une vraie démocratie dans notre pays

    By Anonymous Profilo, at 3:16 PM  

  • je deviens trop en accord avec toi... ça m'inquiète :/

    :D

    Je dirai moi que le fait qu'une soi-disant majorité de tunisiens soient musulmans (je dis soi-disant parce que ça dépend de la définition qu'on donne au qualificatif "musulman") ne suffit pas à justifier une politique imprégnée de religion, surtout quand cette religion est déformée par des interprétations et des courants qui ne laissent même pas aux musulmans eux mêmes la liberté de croyance. La loi du nombre ne peut être démocratique. Elle ne fait que consacrer une hégémonie idéologique et une uniformisation de la pensée et des pratiques.

    By Blogger MetallicNaddou, at 7:16 PM  

  • La question est on démocrate ou pas il n'y a pas de democratie mais pour la gauche seulement,les réactionnaires dehors.Ou démocratie pour les libéraux seulement. Pour d'autres il faut écarter les doctrines importées. et on finit par avoir notre 'démocratie' déjà existante depuis l'indépendance

    By Anonymous Anonymous, at 12:59 PM  

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