خواطر ما بعد الثورة

Sunday, September 26, 2010

TEDxCarthage

Décidément, il a fallu que j’assiste et donne un talk à TEDxCarthage pour sortir de mon état de léthargie blogosphérique. Je n’ai pas hésité une seconde lorsque j’ai reçu une invit pour parler à TEDx, d’abord parce que je sais que TED est une conférence de qualité, et ensuite parce que je constate que la notion de partage traverse une mauvaise passe dans notre pays et que nous avons besoin de ce type d'événements pour la booster.

Les deux aspects qui m’ont le plus marqué sont la qualité de l’organisation et le choix des speakers. Pour ce qui est de l’organisation, le team a fait un boulot remarquable pour configurer la salle, gérer les sessions en respectant les contraintes de temps et d'espace, garder leur sang froid face aux imprévus (je sais que ce n’est pas du tout évident), et faire en sorte que tout le monde se sente à l’aise et qu’il n’y ait pas trop de formalité.

Les speakers m’ont beaucoup impressioné par la qualité de leurs talks et la diversité de leurs parcours personnels. Beaucoup de gens ont critiqué l'événement en disant que «nous avons importé un concept américain». Il est vrai que TED reflète un état d’esprit que l’on retrouve surtout aux Etats-Unis, basé sur la mise en valeur des expériences individuelles de personnages connus. Mais je pense que nous avons absolument réussi à « tunisifier » le concept en invitant des gens qui ne sont pas tous forcément célèbres; dans lesquels on peut tous se retrouver parce qu'ils ne nous prennent pas d'en haut et ne sont pas là pour jouer aux guides sprituels; et qui ont parlé de sujets qui touchent directement les tunisiens, surtout les plus jeunes parmi eux parce qu’en fin de compte, ils font l’écrasante majorité de notre société.

Les présentations qui m’ont le plus marqué sont celles de mesdames Asma Ben Hamida et de Olfa Youssef. Asma a montré des exemples de femmes de Hay Ettadhamen qui sont sorties de la pauvreté en travaillant sur des projets financés par les micro-crédits d’Enda. J’ai été très ému de voir comment l’ambition de ces femmes qui ne savent ni lire ni écrire n’avait aucune limite, et qu’elles sont parvenues à quitter la précarité - à s’enrichir même - en comptant sur elles-même sans attendre que la grâce leur tombe du ciel ou du ministère des affaires sociales. Bravo à toutes ces femmes pour leur sens de l’entreprenariat et leur créativité, et bravo à Enda pour les avoir soutenues financièrement.

Olfa s’est insurgée, littéralement insurgée, contre les interprétations unilatérales, les manipulations idéologiques et les tentatives d’institutionnalisation de l’islam. Elle a parlé de la quête de 'touma2nina' (un mot que je ne vais pas chercher à traduire pour qu'il ne perde de sa subtilité)...aspirer à vivre dans une société où l’on reconnait qu’un texte coranique reste sujet à une infinité d’interprétations, où le religieux s’affranchit de la manipulation politico-médiatique, et où l’on reconnait surtout que les gens sont différents les uns des autres et que cette multiplicité fait que l’on ne peut plus leur imposer une seule manière de vivre, ni leur offrir de ‘recettes pour le paradis’ comme elle le dit si bien. Elle s’est exprimée dans une fosha parfaite, entretenant un jeu quasi théâtral. Elle était géniale.
.
Merci à tous les autres speakers pour m’avoir donné à réfléchir sur plein d’autres sujets d'actualité; le Sida, la menace écologique en méditerranée, notre vieil ami Anonymous; l’identité maghrébine, les cultures d’internet. Je dirais qu’en deux mois de présence en Tunisie c’est la seule journée où j’ai senti que mon cerveau fonctionnait encore!

Bravo donc aux organisateurs de TEDx. Merci à Slim, Houssem, Amin, Karim, Hatem, Fares, Mourad et tous les autres soldats de l’ombre pour le beau travail que vous avez fait! Yaatikom Essaha.

Ayya à quand le prochain TEDx ? ;)